Steven Phillips

Né en 1939, Steven Phillips quitte à l'âge de 17 ans la Hongrie, à cause de l'insurrection de Budapest, pour émigrer aux États-Unis, dont il deviendra citoyen. Exerçant comme horloger, il établit à l'âge de 25 ans la Budapest Watch Company à Guilford, dans le Connecticut.

Phillips se spécialise dans la fabrication artisanale de montres, construisant ainsi un calibre maison, le BP 2000. Ceci fait de lui le premier artisan-horloger américain à pouvoir prétendre devenir membre de la prestigieuse Académie horlogère des créateurs indépendants (http://www.ahci.ch/).

selfwindmvmnt.jpgEn Octobre 2002, l'Office des patentes américaine accorde à Phillips un brevet d'exploitation mondial pour un projet auquel il a consacré près de 6000 heures: l'Eternal Winding System, ou Système de Remontoir Éternel. Le mois suivant, la revue International Wristwatch est la première à parler de l'invention, qui apparaît comme une véritable révolution dans le monde de l'horlogerie.

Bases

La dilatation thermique a été l'un des plus grands arrache-cheveux des horlogers. Les inévitables variations de température amène des composants comme un balancier à changer de volume. Ce phénomène a pour résultat de modifier l'inertie d'un composant, ou d'augmenter le contact entre deux pièces, ce qui contribue à rendre irrégulier le bon fonctionnement d'une montre.

Pour parer à cet effet, on s'est attelé à élaborer des alliages thermiquement stable, accusant une coefficient de dilatation insuffisant pour avoir un effet mesurable sur la marche d'un mécanisme.

Glucydur

Un set de composant en Glucydur, alliage réputé pour son faible coefficient de dilatation thermique.

bilameDans d'autres cas, on utilise justement ce phénomène mécanique pour obtenir un résultat. Les thermomètres bilames par exemple, dont le principe est utilisé pour régler la température de nos réfrigérateurs et machines à laver.

En 1928, Jean-Léon Reutter mit à contribution un phénomène similaire, dans le cas précis des fluides, en utilisant la variation de pression atmosphérique pour remonter son pendule. Un ballon de gaz se dilate et se contracte au fur et à mesure des variations de pression, tirant sur une chaîne servant à remonter le ressort moteur. Ce dispositif est encore fabriqué à ce jour par la manufacture Jaeger-LeCoultre.

456px-Atmos5042.jpg

L'Eternal Winding System

Bulova, Seiko et Citizen ont chacun produit respectivement en 1980, 1997 et 2003 des montres à quartz se rechargeant grâce aux variations de température. Il s'agit en fait d'un phénomène à l'échelle atomique, ou les changements de température déplacent les électrons, créant ainsi un courant électrique.

L'idée de Phillips est plus mécanique, et consiste à utiliser la dilatation thermique (et non atmosphérique) pour remonter le ressort moteur d'une montre. Bref, mettre à contribution la caractéristique des métaux qui fut jadis le cauchemar des horlogers.

Phillips base donc son travail sur un alliage considéré comme "très mauvais" selon les critères de l'horlogerie, qui présent donc un coefficient de dilatation thermique particulièrement élevé et sensible à une variation de température de l'ordre de 2 degrés Celsius.

Le brevet obtenu en 2002, Phillips peut enfin dévoiler son invention au monde, et il s'organise pour la présenter lors de la foire de Bâle 2003. Il est par ailleurs contacté, dit-on, par tous les principaux fabriquant de mouvements de Suisse et d'Extrême-Orient. Phillips admet être disposé à vendre son invention ou à en négocier les droits d'exploitation.

0203tn03.jpgCe système présente l'avantage de garder le ressort-moteur tendu, ce qui peut s'avérer extrêmement utile dans le cas d'un calendrier perpétuel. Phillips décline trois variantes de son invention:

  1. version simple
  2. version planétaire double, permettant plus d'applications
  3. version planétaire double avec rouages supplémentaires pour les complications

Le prix des commande varie entre 64'200 et 109'000 Dollars US. après la foire, le carnet de Phillips a déjà 7 commandes. L'avenir semble prometteur pour cet horloger, mais malheureusement, il décède un an après, à 65 ans, laissant derrière lui les velléités d'une révolution horlogère.

Bibliographie: