Martine et le monde du travail moderne
par Ze White Rabbit | Mercredi 17 février 2010 | Catégorie: Commentaire de l'actualité | Sans commentaires »ZEN, l’administrateur de FORUMAMONTRES , a publié un billet relatant le licenciement manu militari d’une trentenaire employée jusqu’il y a peu dans la vallée de Joux et nommée Martine pour des raisons de confidentialité. C’est un spectacle courant aux États-Unis, et ce même en période de crise, mais le public essentiellement français du forum reste choqué par la narration d’une annonce de licenciement avec effet immédiat.
L’histoire de Martine est celle de plusieurs milliers, voire centaines de milliers de victimes des effets perverts de la période d’euphorie précédant la crise, lorsque les dirigeants ont dépensé et embauché à tour de bras. Une fois les douze coups de minuit sonnés, le carrosse redevient une citrouille et il ne reste à ces milliers de Martines q’un goût amer en lieu et place de la chaussure de verre.
Le marché du travail
Elle est révolue l’époque ou l’on ne rentrait dans une entreprise que pour y sortir à l’âge de la retraite. Il y a précisément 2 ans, au meilleur des années de vaches grasses, combien de jeunes de moins de 40 ans ne se voyaient pas forcément rester chez le même employeur plus de 5 ans? Une augmentation de salaire ou d’avantages contractuels était une raison suffisante pour changer d’emploi. Mais si le patron ne peut plus compter sur la loyauté de ses collaborateurs, pourquoi devrait-il faire preuve de bienveillance?
En dépit de cette révolution dans le monde du travail et de la fin du paternalisme patronale, on continue à considérer que la responsabilité dudit patron est de garantir un travail pérenne à ses employés. Dans les pays avec une tradition de gauche comme la France ou l’Italie, les syndicats sont là pour rappeler au patron ce qui est attendu de lui de la part des employés. Le fait est que son travail consiste uniquement à maintenir et faire croître la rentabilité d’une entreprise; et à en rendre compte aux actionnaires. Les employés ne sont (hélas) qu’un outil pour atteindre ces objectifs.
En plus, la Suisse est un cas particulier. Tout d’abord c’est un pays avec une tradition de droite. À titre d’exemple, le dernier canton à laisser voter les femmes y a été contraint en 1990. Dix ans avant le début du XXI siècle! Autre exemple: une quasi-absense de subventions pour la crèche en Helvétie oblige les femmes à travailler à mi-temps ou à rester à la maison.
Commentaire
Les cas comme celui de Martine sont rendus possibles par cette impunité « façon États-Unis » du patron suisse. De grosses erreurs d’appréciasion ont amené moultes dirigeants à sur-dimentionner leur personnel en pensant que ces années de vaches grasses allaient s’éterniser.
Ce cynique re-dimentionnement post-geule de bois n’épargne personne, qu’il s’agisse des patrons ou de leurs employés. Le véritable responsable reste l’actionnaire, doublement coupable: la première fois en ayant incité le patron à la croissance à tout prix; la deuxième fois en ne regardant que la rentabilité de son investissement sur le court terme, au mépris du facteur humain.
Martine a perdu son poste, certes, mais d’un autre coté l’employeur a jeté par la fenêtre du personnel expérimenté et des années de formation. Je ne sais pas qui y pert plus dans l’histoire.