Bilan de l’arrêt de livraison d’ébauches Swatch Group

[image]En horlogerie, on appelle ébauche un mouvement en pièces détachées dont la finition est encore à effectuer. La marque qui mettra la montre finie sur le marché est libre de choisir le modèle de balancier à monter et le degré de finition à appliquer aux pièces.

Depuis les débuts de l’industrie horlogère helvétique, la pluspart des marques, et d’aucunes parmis les plus prestigieuses, se procurent en ébauches chez des fournisseurs tels que A. Schild, Peseux, Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon (FHF), Landeron, Valjoux, Venus, France Ébauches et Lemania.

Un exemple: pour son Cosmograph (dit Daytona) Rolex utilise pendant de nombreuses années des ébauches de chez Valjoux et ensuite de Zenith avant de concevoir son propre chronographe intégré. Il se pourrait d’ailleurs que ce soit la commande de Rolex qui évite à Zenith de disparaître pendant la crise du quartz.

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Avec la restructuration radicale que subit cette industrie suite à la crise, la majorité de cette propriété intellectuelle se retrouve dans l’escarcelle de la SMH, qui est renommée « Swatch Group ». Le conglomérat hérite ainsi du chronographe intégré Valjoux 7750, fiable, facile à fabriquer et se prêtant facilement aux variantes; et des remarquables calibres automatiques Eterna, sur lequels seront basés les légendaires 2824-2 et 2892-A2. Tout le monde se fournit donc chez les fabriques du Swatch Group, comme IWC, qui pousse le travail jusqu’à transformer une vulgaire ébauche de Valjoux 7750 en un chronographe ratrappante répétition minute à échappement toubrillon. Rien que ça!


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Sellita est un des rares acteurs à prendre avantage de la situation en se présentant comme intermédiaires. Le « finisseur » propose aux marques de leur fournir les mouvements terminés et montés selon le degré de finition choisi. Il y a une différence considérable entre le prix usine des ébauches Swatch Group et celui des mouvements finis Sellita.
Les marques font d’une pierre deux coups: elles économisent sur de lourds investissements industriels rendus inutiles par cette sous-traitance, et cette solution leur permet de différencier leurs mouvements de la concurrence en choisissant une finition « supérieure ».

Coup de théâtre en 2002: afin d’empêcher que des ébauches Swatch Group sont utilisées dans la fabrication de fausses montres, Nicolas Hayek Senior décide au grand dam de toute l’industrie horlogère l’arrêt progressif de livraison d’ébauches pour ne plus fournir que des calibres finis. Conséquence (non intentionnelle?) le Swatch Group encaisse directement la plus-value apportée aux mouvements finis. Ceci n’arrange évidemment pas Sellita, qui porte plainte avec d’autres acteurs auprès de la COMCO (Commission de la compétition) pour ne réussir qu’à obtenir une prolongation de quelques années de cette échéance.

Fast forward en 2009. Cette arrêt annoncé de livraison d’ébauches a eu le bénéfice d’envoyer un életrochoc aux marques qui en avaient les moyens mais pas la volonté; et celles-ci se sont attelées à dessiner des nouvelles constructions de calibres mécanique, avec tous les riques que cela peut entraîner (voir mon explication sur le problème de Sysiphe). Technotime a eu l’ambition de produire des calibres mécaniques « haut de gamme », ainsi qu’un chronographe roue à colonne ayant très intelligemment les mêmes dimentions d’emboîtement que le 7750.

De son côté, le Swatch Group reste le seul industriel suisse en mesure de fournir à un prix aussi compétitif (quoique sans cesse en augmentation) des calibres qui ont fait leurs preuves. Si on devait être critique, on devrait dire qu’en 25 ans les industries qui sont devenues le Swatch Group n’on rien inventé de nouveau concernant les calibres mécaniques. L’Unitas date de l’entre-guerre, le Valjoux d’avant la crise du quartz et les 28XX ne sont que des adaptations d’Eterna des années 1960. Le groupe a lancé la ligne Valgrange et un nouveau chronographe Tissot, mais l’un est un Valjoux dé-chronographé et l’autre est un Lemania 5100 sans la minute centrale.

Le gros problèmes est que ces calibres sont tous tellement vieux qu’ils sont désormais tombés dans le domaine public. Ce qui permet à Sellita de construire des calibres 100% compatibles… et aux chinois de suivre l’idée.
Si Nicolas Hayek voulait empêcher l’utilisation d’ébauches Swatch Group dans la fabrication de fausses montres, il n’a pas pu empêcher l’exploitation de la propriété intellectuelle: on trouve désormais des dizaines de copies de chronographes suisses dont un simple examen visuel du calibre ne pemet plus de différentier la copie de l’authentique. Les chinois fabriquent maintenant des clones Unitas et Valjoux, et chaque années qui passe ils s’améliorent. Petite anecdote, avec la pénurie de mouvements ETA d’avant la crise, les écoles d’horlogerie suisses ont même songé à se procurer des calibres chinois pour leur élèves.

En passant sur le site Sellita, j’ai vu qu’ils se sont également mis au Valjoux 7750, en plus de leurs alternatives au 2824 et au 2892. La seule chose que je déplore vraiment dans tout cela c’est que ETA aussi bien que Sellita continue à tourner autour de mouvements vieux de 25 ans dont le rotor ne remonte que dans une direction et qui ne dépassent pas les 50 heures de réserve de marche, des performances que les produits chinois atteignent également par force de choses.

Avec les techniques, outils modernes et tout le savoir-faire, l’industrie suisse et le Swatch Group pourrait faire bien mieux, et ils y auraient d’ailleur intérêt, pour conserver l’avance technologique.

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